Anticipation

La télévision, bouleversée par le net

Technologie

Le 26 avril 1935, la télévision française voit le jour. Près de quatre-vingt ans plus tard, Internet est en train de bouleverser ce secteur qui s'est trop longtemps reposé sur ces lauriers.

Par Eric Azara,

Pour comprendre ce qu'il pourrait se passer lorsque le croisement entre Internet et la télévision arrivera à son terme, on peut se pencher sur l'exemple de la musique ou de la presse. Ces secteurs ont fait tous deux la même erreur. Ils n'ont prêté aucune attention sérieuse à Internet à ses débuts et lorsqu'il se sont réveillés, ils l'ont considérés comme une menace au lieu d'une force de frappe unique.

Cependant, on ne peut accuser les chaînes de télévision de faire preuve d'immobilisme en matière de stratégie numérique, les services de vidéo de rattrapage, la télévision sociale se sont très vite développés en France.

Les perturbations que va subir l’industrie télévisuelle viendront de deux évolutions majeures : la logique cross-média et la télévision connectée.

La naissance du “cross-média”

La presse, la radio et la télévision sont dans le même bateau, mais sont-ils pour autant condamnés par Internet ? De la même manière que la télévision n'a pas tué la radio, Internet ne tuera aucun de ces trois médias, mais les poussera à faire évoluer leur structure et leur mode de publication vers un aspect cross-média.

“Who the f*ck is cross-média ?”

Encore un anglicisme me direz-vous… on peut traduire cross-média en "média croisés". Le principe est simple, il s’agit d’un média qui délivre le même contenu à travers plusieurs plateformes différentes, comme par exemple, une émission télé diffusée à la radio.

Mais Internet permet de pousser cette logique encore plus loin. Si la radio permet de faire du son, la télé de l'image, la presse de l’écrit, Internet permet de faire tout cela à la fois, c'est le média universel, le paroxysme du cross-média.

La télévision n'a plus le monopole
de l'image et les journaux de l'écrit.

Cette mutation s’observe déjà aujourd’hui. Lorsque vous visitez le site d'une radio comme Europe 1 ou RTL, vous trouverez la possibilité d’écouter les émissions, mais aussi celle d’accéder à toutes autres formes de contenu comme des articles écrits, des extraits vidéos ou de la radio filmée. Même exemple pour les sites de grands journaux qui mettent de plus en plus en avant les contenus vidéos ou sonores.

Ainsi, comme c'est déjà le cas aujourd'hui, les chaînes de télévision ne fournissent plus seulement des contenus vidéos, mais également du contenus écrits, notamment sur les portails d'actualités comme FranceTV Info et TF1 News.

Le petit écran libre

À la différence d'Internet où chacun est libre de créer un site, un blog ou publier ses vidéos, la télévision est une fenêtre avec barreaux qui ne donne vue que sur un horizon de médias autorisés à émettre.

La télévision connectée va mettre un terme à tout cela, offrant, dans un premier temps, la liberté à chacun (grand public, comme entreprises) de diffuser du contenu sur cet écran, et obligeant, dans un second temps, les chaînes historiques à s'adapter à un nouveau mode de consommation et à une nouvelle offre plus large.

Les chaînes de télévision ressembleront
à des applications de smartphones.

Aujourd'hui, les chaînes sont présentes sous la forme de canaux statiques, par lesquels on accède via des touches numérotées de 0 à 9. Dans un futur extrêmement proche (bien que cela soit déjà possible aujourd’hui), toutes les chaînes seront accessibles sur les télévisions connectées sous la forme d'applications qu’il sera possible de télécharger depuis un app store, exactement comme sur votre smartphone.

Apple, Microsoft et d’autres grands noms de l’informatique pourraient devenir des acteurs potentiels du paysage audiovisuel. Ces applications vous permettront d'accéder à la chaîne direct, mais aussi aux programmes à la demande et à bien d'autres services interactifs... tout cela via à Internet.

Le tuyau change

The New Television Set, by Norman Rockwell

Car justement, la grande différence vient du fait que les contenus audiovisuels circuleront de plus en plus via le réseau Internet et non plus via les voies hertziennes, cablées… échappant ainsi aux obligations des autorités comme le CSA, tel que c'est le cas aujourd'hui pour les contenus publiés sur les plateformes comme YouTube ou Dailymotion.

Bien que la fusion entre le CSA et l'ARCEP évoqué en aout 2012 aurait pour volonté de corriger cela…

Face à la convergence des infrastructures numériques, des services et des contenus qu’elles acheminent, des réseaux et des services fixes et mobiles, et des terminaux à l’usage du public, il est aujourd’hui essentiel de s’interroger sur l’efficacité des modes de régulation des communications électroniques et de l’audiovisuel, à l’heure où les contenus audiovisuels sont de plus en plus diffusés par l’Internet fixe et mobile. En particulier, la diffusion des programmes audiovisuels acheminés par voie hertzienne est assortie d’une régulation des contenus destinée notamment à en assurer la qualité et la diversité, alors que les contenus diffusés via internet font l’objet d’une régulation plus limitée et parfois inadaptée

Article Numerama du 21 août 2012

…réguler les contenus audiovisuels circulant sur le net risque de s'avérer être une lourde tâche technique et administrative.

Ainsi, la télévision du futur s’apprête à frapper à notre porte. L’appareil trônera toujours en maître des lieux dans nos salons, mais son tuyau de contenu ne sera plus uniquement le câble d’antenne. La télévision connectée offrira d’incroyables possibilités pour les amateurs, médias indépendants, groupes de presse, radios... qui pourront partager leur contenu sur grand écran sans restriction avec un coup de diffusion dérisoire.

En plus de ces nouveaux entrants, les chaînes traditionnelles devront faire face aux choix du téléspectateur qui se feront de plus en plus exigeant et sélectif en matière d’horaires et de qualité.

Photos : Family Watching Television (Wikimedia Commons), The New Television Set, by Norman Rockwell (Wikimedia Commons)
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