Point de vue

Google, bouc émissaire d’une presse malade

Technologie

À l’heure d’une presse en crise qui n’a pas parfaitement compris que nous sommes plus au temps de la linotype, voilà que le vieux loup de mer de la taxe Google resurgit !

Par Eric Azara & Alexandre Foucault,

Situation similaire en Allemagne et Belgique, pour une fois la France ne fait pas preuve d'exception et c’est bien dommage.

Le gouvernement s'apprête à mettre en place un projet de loi visant à taxer Google pour le référencement des articles de presse écrits au sein de son portail d’actualité.

Google, crieur de rue du XXIe

« Oyé Oyé, demandez France Soir ! » Il fût un temps où les crieurs de rues délivraient les grandes lignes de la presse aux passants, incitant ces derniers à lire les journaux.

À l’époque, on aurait trouvé irréaliste que les crieurs de rues payent une taxe pour avoir le droit de faire de la publicité aux journaux, c'était même le contraire : ils étaient payés pour.

Nous voilà aujourd’hui au XXIe siècle. Le crieur a laissé place à Google News.

Le rôle que joue Google News est le suivant : c’est un service gratuit, chargé de référencer les dernières actualités de nombreux types de médias, presse écrite incluse.

Il s’agit là de liens pointant vers les sites de ces derniers et non d’une utilisation du contenu intégral au sein du portail de Google.

Ainsi, Google News serait à l’origine de 40% du trafic des sites d’actualité qu’il référence (voir cet article du Monde). C’est donc une fenêtre publicitaire gigantesque qu’offre Google aux éditeurs français.

Ce qui n'empêche pas la presse écrite de soutenir l’idée d’un projet de loi, visant à taxer Google pour le référencement des liens menant à leur contenu.

Connaissez-vous beaucoup d’exemples où les annonceurs réclament aux diffuseurs d’êtres payés pour passer leurs publicités ? Et qu’en est-il du droit de citation ?

On ne demande pas aux radios de payer les journaux pour la revue de presse du matin

Francis Donnat, Google France

Une presse écrite en pleine mutation

Rares sont les journaux qui ont augmenté leurs ventes ces derniers temps. Les chiffres de l’OJD sont sans appel, plus de la moitié des journaux payants ont vu leur ventes chuter entre 2011 et 2012. Le secteur est en crise... ou du moins en plein changement.

Les moyens d’information se sont multipliés depuis plusieurs années. Internet est la plus récente source, mais certains dirigeants de la presse traditionnelle ont mis du temps avant d’en comprendre les enjeux.

L’idée même de cette proposition de loi nous interroge sur leur réelle compréhension de la situation.

Internet n’est pas un ennemi mais un allié. Il est en revanche un très bon bouc émissaire pour une presse en bout de course, peinant à se réinventer et ayant perdu la confiance de son public, tout comme la télévision.

En plus des quelques 419 millions d’euros de subventions publiques versés à ce secteur en 2010 pour le développement des services de presse en ligne, qu’en est-il de la dépendance vis à vis de Google si une telle taxe est adoptée ?

Les menaces de Google

La presse écrite ne peut pas se passer de Google, qui lui apporte une audience, donc lui permet de vivre de la publicité. Le moteur de recherche a ainsi toutes les cartes en main pour éviter l’adoption d’un tel projet.

Cependant, si Mountain View met ses menaces à exécution, c’est à dire un « déréférencement » des sites d’information français, c’est l’ensemble du secteur qui sera touché.

En d’autres termes, les pure players, gratuits et payants, comme Mediapart, Altantico, Owni ou Rue 89, qui n’ont rien demandé, risquent de se retrouver dans le même panier que les sites des journaux de presse écrite.

La Belgique a déjà voulu tenter l’expérience, qui s’est avérée être catastrophique. Ainsi, LeSoir.be et d’autres sites belges ont été désindexés de Google News, mais aussi de Google. La marche arrière était donc inévitable.

La presse écrite sera alors seule responsable de son auto-exclusion du monde numérique.

Couverture : The Daily French
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