Point de vue

« Mariage pour tous » : place au débat !

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À quelques mois des discussions parlementaires autour du projet de loi, les manifestations pour et contre le « mariage pour tous » se poursuivent ce dimanche. L'occasion de faire la lumière sur les enjeux de ce projet de loi.

Par Guillaume Barki,

Quelle joie pour tout passionné de l'actualité de revivre un débat aussi mobilisateur que celui sur le PACS ou l'IVG. Le projet de « mariage pour tous », adopté la semaine dernière au Conseil des Ministres, devrait — enfin — passer les portes de l'Assemblée pour un débat dès le 29 février 2013.

C'est la première fois que The Daily French aborde ce sujet. Nous allons donc tenter de poser des bases à ce débat, qui va durer de longs mois, et vous incitons à nous faire également part de vos impressions.

Qu'est-ce que le mariage ?

Tout d'abord, nous parlons d'un « mariage civil » qui est une institution juridique. Ce mariage est certainement l'héritage d'un concept religieux issu d'une culture chrétienne.

Mais si la culture de notre pays est en grande partie chrétienne (calendrier, cathédrales, patrimoine artistique...) la France est libre de faire ce qu'elle veut avec cette notion, elle a rompu avec l'Église en 1905. 6 pays en Europe et 11 à travers le monde ont déjà étendu les droits du mariage aux homosexuels.

La mariage a longtemps été chrétien,
la France aussi, mais elle se cherche
aujourd'hui un modèle de société laïque.

Au nom de la laïcité, qu'on a visiblement tant de mal à faire respecter, le France pourrait même dire que l'élargissement du terme de « mariage » aux couples homosexuels est une évolution « laïque » du mariage, qui s'écarterait volontairement de la conception religieuse, et jusqu'alors traditionnelle, « famille = homme + femme + enfants ».

Nous y reviendrons.

Dessin

Et le PACS fût.

Aujourd'hui la différence entre le PACS et le mariage est quasi nulle à l'exception d'un point : la question de l'enfant.

La vraie demande
est celle de l'adoption.

Un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes qui se pacsent obtiennent les mêmes droits que s'ils se mariaient en terme de protection sociale, de fiscalité ou encore de succession.

Les différences sont donc peu nombreuses : les démarches de PACS ou de rupture de celui-ci sont évidemment plus rapides, l'héritage légué au conjoint n'est pas automatique et doit être fait par testament...

Concluons donc tous en cœur ceci : le vrai débat, c'est l'adoption.

L'adoption pour tous ?

Aujourd'hui, des couples homosexuels peuvent déjà élever un ou plusieurs enfants. Mais l'adoption ne peut être effectuée que par l'un des deux membres du couple. L'enjeu du débat des mois à venir est donc de savoir si l'État cautionne, interdit ou reste indifférent à l'évolution d'un enfant dans un foyer homosexuel.

L'État doit-il cautionner, interdire
ou rester indifférent à l'évolution
d'un enfant dans un foyer homosexuel ?

Par ailleurs, nombreux sont les députés qui dénoncent le changement législatif que provoquerait l'adoption d'une loi de « mariage gay ». Il serait nécessaire de modifier le statut des parents et de remplacer les termes de « Père » et « Mère » par les titres de « Parent 1 » et « Parent 2 ». La pilule passe d'autant plus mal qu'il s'agirait de « modifier la loi d'une majorité pour la minorité d'une minorité ».

Au grand dam d'élus en manque d'argument, cette polémique est un faux problème. Veut-on faire croire aux gens que les premiers mots que prononcera l'enfant vont être « Parent 1 » et « Parent 2 » ? Les définitions du rôle de « Père » et de « Mère » ne sont pas non plus définies dans le code civil.

La question qui devra être évoquée est celle de la perte de repères.

Est-ce normal d'être élevé dans un couple gay ?

Les études se contredisent.

Certaines expliquant qu'à l'issue d'une éducation dans un couple homosexuel, l'enfant n'est pas atteint de troubles comportementaux ni de perte des repères — comme celle de l'American Psychological Association — d'autres montrant l'exact contraire — comme celle du Social Science Research — confortant l'idée qu'un équilibre est le plus souhaitable pour un enfant.

Le débat divise donc sur la question des valeurs sociétales mais aussi sur les données scientifiques et psychologiques recueillies qui ne sont pas à la hauteur du débat.

Place au débat !

Nous aspirons à la liberté et l'égalité. Et depuis des années, pas à pas, nous obtenons gain de cause. Mais ces notions ne doivent pas nous aveugler. Une liberté aveugle, une égalité aveugle ne valent rien.

La loi nous permet de garantir l'égalité sans l'égalitarisme, la liberté sans l'anarchie. La modification de la loi implique donc que l'on anticipe ses conséquences. Se déclarer pour ou contre le mariage et/ou l'adoption pour les homosexuels ne doit pas venir d'une conviction naturelle spontanée.

Nous aspirons à la liberté et l'égalité.
Mais aucune loi ne se fait sans responsabilité.

Le débat soulève tant de questions.

Nous n'avons plus à décider selon nos racines chrétiennes, mais nous devons faire preuve de responsabilité morale qui sera dans l’intérêt d’un peuple que seul la laïcité unit. Qu'est-ce que la République autorise et interdit. De quoi se mêle-t-elle et de quoi ne doit-elle pas se mêler.

L'opinion a plusieurs mois devant elle pour prendre la parole et écouter. Convaincre et se remettre en question. Puis se révolter ou prendre acte de ce qui sera décidé.

La période va être passionnante et le climat passionné. Ne cédons pas aux raccourcis, nos interlocuteurs ne seront pas toujours homophobes ou libertaires laxistes.

Je ne vous cache pas que je suis particulièrement impatient de voir de formidables débats.

Couverture : The Daily French
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