Décryptage

Analyse du débat Valls / Le Pen sur France 2

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« Gauche efficace ». C'est ce qu'a martelé Manuel Valls hier soir pendant les 2h30 d'émission Des Paroles et des Actes sur France 2. Le traditionnel duel de l'émission l'opposait à Marine Le Pen. A-t-il été à la hauteur ?

Par Guillaume Barki,

« Je suis de cette gauche efficace ». La formule était le leitmotiv du ministre de l’intérieur. Refusant d’employer le mot « socialisme », il a pourtant voulu montrer sa différence et sa sensibilité de gauche face à la candidate au 18%. Le ministre de l'Intérieur a-t-il été « efficace » face à son opposante ? Et par dessus tout, a-t-il été de « gauche » ?

Petites passes d'armes

Petite prise de bec quasi-subliminale entre les deux débateurs après 5 minutes de confrontation : l'Angleterre ou l'Espagne accueillent-elles davantage ou moins d'immigration que la France ?

Petite piqure de rappel donc : l’Espagne ne dépasse jamais 40 000 entrées légales chaque année — ce chiffre a considérablement baissé depuis le début de la crise — quant au Royaume-Uni, il a accueilli en 2010 plus de 560 000 immigrants selon l’Office National des Statistiques britannique.

La France accueille entre 130 000 et 200 000 personnes chaque année.

Aussi, on ne peut passer à côté d’une petite passe d’armes intéressante. Sous formes de piques, chaque débiteur tente de ramener son adversaire à un ami dictateur embarrassant.

Manuel Valls commence en faisant référence aux « relations » qu'avait Jean-Marie Le Pen avec Sadam Hussein. La riposte se fait toute aussi brève que l'allusion : Marine Le Pen réplique en rappelant que les dirigeants qui sont tombés après le printemps arabe se revendiquaient de « l'internationale socialiste ».

Un petit air de déjà vu

Cette rencontre n'était pas sans rappeler celle entre Jean-Marie Le Pen et Nicolas Sarkozy en 2003 sur le plateau de « 100 Minutes pour convaincre ». Les deux tempéraments s'étaient confrontés. Mais l'avantage avait été en faveur de l’ancien ministre de l’intérieur.

« Vous avez dit qu'en cas d'échec vous devriez partir. Et bien je crois que vous allez devoir partir. » avait lancé l’ancien président du Front National à son adversaire. Réponse de l'intéressé : « C'est une différence entre vous et moi. Vous, ça fait 40 ans que vous échouez et que vous restez. ».

Marine Le Pen, elle, a appris de son père, prenant les accusations et les remarques de son contradicteur avec mépris et lassitude, et non à coeur comme le faisait Jean-Marie Le Pen.

Quant à Manuel Valls, il sort grandi de ce débat. Non par la qualité de sa prestation, mais par le simple fait d’avoir débattu avec un Le Pen. L’étape avait été décisive pour Nicolas Sarkozy dans sa conquête de l’opinion.

Photo : Fondapol (Wikimedia Commons)
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