BFMTV est-elle réellement une BFNTV ?

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Pointée du doigt pour sa course au sensationnalisme et pour avoir donné trop de temps de parole au parti de Marine Le Pen, la chaîne d’information du groupe NextRadioTV se voit affublée sur les réseaux sociaux du surnom de BFNTV.

Par Guillaume Barki,

Souvenez-vous du mot de Laurent Gerra imitant Jean-Marie Le Pen : « Je remercie la télévision française de m’avoir si souvent invité, afin que je puisse m’y plaindre, d’ailleurs, de ne pas y passer. » 30 ans après ses premiers passages télévisés, les portes des médias ne sont plus fermées aux responsables du Front National. Bien au contraire, selon le site Regards.fr, qui a réussi à lancer une polémique sur la place que le parti occupe dans les médias.

Au cœur de cette récente polémique, il y a un chiffre du CSA : BFMTV aurait accordé 43% de son temps de parole politique au Front National. C’est davantage que le temps accordé sur la même antenne au PS et à l’UMP réunis, 33,5% ! (17,6% pour le PS et 15,9% pour l’UMP).

Un élément de plus contre la chaîne d’information qui s’ajoute aux accusations de sensationnalisme dont elle a fait l’objet — lors de l’affaire dite du « tireur fou » de Paris ou plus récemment dans sa couverture d’un attentat déjoué sur la Côte d’Azur — qui entretiendrait aussi un climat favorable à la montée de Marine Le Pen. Mais alors, la chaîne d’information numéro un de France pourrait-elle être de droite ? Voire d’extrême droite ?

La FOX News française ?

On peut se projeter sur l’avenir des chaînes d’information en faisant la comparaison avec les États-Unis. Outre-Atlantique, la plupart des chaînes info traditionnelles sont de plus en plus délaissées. Remplacées d’un côté par internet… et de l’autre par d’autres chaînes info partisanes. Ainsi, FOX News et MSNBC — respectivement pro-républicains et pro-décocrates — se positionnent devant CNN en terme d’audience.

Avec un peu de projection grossière, on pourrait donc imaginer demain i>Télé, du groupe Canal+, chaîne de gauche et BFMTV chaîne de droite. On peut même imaginer une passerelle entre les journalistes de BFMTV et RMC, la radio du groupe NextRadioTV. Les Jean-Jacques Bourdin et autres Eric Brunet étant connus pour leur public « réac’ », voire tout simplement à droite, pour ce dernier. Mais la projection est grossière.

Un surnom absurde

D’abord parce que factuellement, on oublie de dire que lorsque BFMTV accorde 43% de son temps de parole politique au Front National, la chaîne info s’attarde aussi beaucoup sur ce que l’on appelle les listes « malgré eux » du parti. Dans cette affaire, le parti de Marine Le Pen est accusé d’avoir inscrit des candidats à leur insu sur des listes électorales.

Ensuite parce que le clivage droite/gauche en France est remis en cause. Dans les urnes, dans l’opinion, comme dans les partis. Et il est moins sûr qu’une telle instabilité permette, pour le moment, à une chaîne info de s’ancrer auprès d’un véritable public partisan, la gauche comme la droite n’ayant plus d’identité forte.

S’ancrer auprès d’un public partisan
alors que le clivage droite / gauche est remis en cause est compliqué.

Enfin parce qu’il est encore moins sûr que les journalistes de l’ombre comme les journalistes vedettes qui font le succès de la chaîne soient encrés à droite. Ruth Elkrief ou Jean-Jacques Bourdin ont par exemple déjà affirmé des convictions à l’antenne ou hors antenne — dans le cas de ce dernier, sur le droit de vote des immigrés, par exemple.

Illustration : The Daily French, Photos : futureatlas.com (CC BY 2.0), Rémi Noyon (CC BY 2.0)
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