Une aprem avec les « anti F‑Haine »

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Par Guillaume Barki,

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on était loin de 2002, quand l’accession de Jean‑Marie Le Pen au second tour de la présidentielle provoquait la descente dans la rue de 1,2 million de manifestants. Ce jeudi férié, ils étaient 4 200 selon la préfecture et 10 000 selon les organisateurs.

Autour du rassemblement, place de la Bastille, les badauds sont partagés entre soutien et sarcasme. En réponse aux slogans « Le Pen, Le Pen, on t’encule », des passants répondent « Le père ou la fille ? Moi je veux bien la nièce ! ». Plus loin, une vieille dame interpèle 3 jeunes, bien moins narquoise : « Il était temps que vous vous réunissiez ! »

Dans le cortège, une large partie de mineurs, d’étrangers non-européens… Bref, toute une tranche de la population qui ne peut pas aller voter. Beaucoup d’étudiants politisés sont aussi dans la foule (blogueurs politiques, jeunes syndicalistes, étudiants à Sciences Po...)

Dans le cortège, une large partie
de gens ne peuvent pas aller voter.

Au milieu de la foule, nous interrogeons un journaliste de la Rai. Il s'appelle Antonio Di Bella et est chef du bureau parisien de la radio-télévision publique italienne. Il tente de s’extirper de la mêlée avec son cameraman : « Ça m'intéresse de voir les réponses que propose la gauche à la montée du populisme. »

Des réponses, justement, il n’en a pas trouvé, bien que la gauche soit largement représentée dans les parages. Drapeaux UNEF, EELV ; banderoles PS, Front de gauche ; même des enceintes estampillées des lettres NPA au marqueur rouge. Un petit groupe UDI-MoDem s’est malgré tout glissé dans le cortège.

Départ de Bastille. Boulevard Beaumarchais, un couple nous invite à prendre des images depuis leur balcon. Une manière de sortir de l’odeur omniprésente de weed et de saucisses. En discutant, je glisse : « Beaucoup de jeunes se sont demandé : à quoi sert d’aller voter ? ». « C’est simple, répond-t-il, si vous ne votez pas, vous laissez la place à un autre camp. Vous n’êtes que 27 % à avoir voté. Au FN ils sont 100 % à être allés voter. La place que vous laissez, ils la prennent. »

« La place que vous laissez,
ils vous la prennent. »

Sur le tracé, deux étudiants en médecine se reconnaissent. L’un marche contre la haine. L’autre marche sur le trottoir, dans le sens inverse. Après une accolade, ils entament la discussion : « C’est bien, lance le premier, ça vous fait une balade mais je ne vois pas l’intérêt. C’est pas en marchant qu’on change les choses, c’est par le vote ». « Moi j’ai voté, lui répond l’autre, mais pour des partis qui défendent la démocratie ! ». Et son camarade de reprendre : « Tu défends tellement la démocratie que tu marches pour contester un vote. »

« C’est bien,
ça vous fait une balade ! »

Arrivés à République, les étudiants semblent assez satisfaits de la mobilisation. Le monument de la place est vite escaladé par des jeunes. Et les mêmes slogans que dans les années 1980 de retentir : « La jeunesse emmerde / le Front national ! ». Quand la foule entonne La Marseillaise, elle lutte contre la chanson de Tryo Marine est là, claironnée sur les enceintes d’un militant.

Photos : The Daily French, Charlie Bento
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